Un appartement chauffé aux convecteurs à Évry, un studio de 22 m² dans le 18e, une maison des années 70 près d’Auxerre avec des radiateurs électriques : le même logement, sans aucuns travaux, affichera une consommation en énergie primaire inférieure d’environ 10,5 %. C’est l’effet mécanique de l’arrêté du 19 août 2026, publié au Journal officiel du 26 août 2026 (JORF n°0198, texte n° 28), qui abaisse le coefficient de conversion de l’électricité de 1,9 à 1,7 — pour tout DPE établi à compter du 1er janvier 2027, et pour les DPE déjà existants qui feront l’objet de l’attestation d’étiquette actualisée prévue par le texte.
Deuxième baisse en deux ans. Et deuxième source de confusion, parce qu’un autre arrêté, publié au JO à la même date exactement un an plus tôt, a fait la même chose avec une autre valeur. Voici ce que le texte dit réellement, ce qu’il change pour vous, et surtout ce qu’il ne change pas.
Ce que dit exactement l’arrêté du 19 août 2026, publié au JO du 26 août
Coefficient de 1,9 à 1,7 : quelles annexes sont modifiées (logements, tertiaire, audits)
Le titre du texte est explicite : arrêté « modifiant le facteur de conversion de l’énergie finale en énergie primaire de l’électricité relatif au diagnostic de performance énergétique ». Concrètement, il modifie deux annexes :
- l’annexe 3 de l’arrêté du 31 mars 2021, qui régit le DPE des logements ;
- l’annexe 3 de l’arrêté du 15 septembre 2006, qui régit le DPE des bâtiments autres que d’habitation.
Autrement dit, la baisse ne concerne pas que l’habitation : le DPE tertiaire est visé, et les audits énergétiques réglementaires le sont également, puisqu’ils s’appuient sur la même méthode de conversion (texte intégral sur Légifrance). Si vous préparez un audit énergétique pour la vente d’une maison individuelle classée E, F ou G — l’audit réglementaire vise les monopropriétés F et G depuis le 1er avril 2023 et les E depuis le 1er janvier 2025 —, cette échéance vous concerne aussi.
Deux précisions utiles, qui figurent dans le texte lui-même : l’arrêté du 19 août 2026 abroge l’arrêté du 13 août 2025 qu’il remplace, et il est pris en application de l’article 31 de la directive (UE) 2023/1791 relative à l’efficacité énergétique.
Une entrée en vigueur au 1er janvier 2027, après une consultation publique du 9 juillet au 6 août 2026
La date d’application est fixée au 1er janvier 2027. Aucun effet rétroactif : un DPE établi en 2026 l’est avec le coefficient 1,9, point.
Le projet d’arrêté a été soumis à consultation publique du 9 juillet au 6 août 2026 avant signature, comme l’a documenté Actu-Environnement et comme l’atteste la page de consultation du ministère. Le calendrier a donc été connu plusieurs semaines à l’avance — ce qui explique qu’une partie de la presse ait publié sur le sujet dès juillet, avant la parution du texte définitif.
Ne confondez pas les deux arrêtés : celui du 13 août 2025 (2,3 → 1,9) et celui du 19 août 2026 (1,9 → 1,7)
Le rappel historique du coefficient : 2,58, puis 2,3, puis 1,9, et bientôt 1,7
Le coefficient d’énergie primaire de l’électricité traduit l’énergie finale consommée chez vous en énergie primaire affichée sur l’étiquette. Plus il est élevé, plus un logement électrique est pénalisé. Sa trajectoire :
- 2,58 : la valeur historique, ramenée à 2,3 par la réforme du DPE applicable au 1er juillet 2021 ;
- 2,3 : la valeur applicable jusqu’au 31 décembre 2025 ;
- 1,9 : applicable à tous les DPE et audits établis à compter du 1er janvier 2026, en vertu de l’arrêté du 13 août 2025 (voir aussi le communiqué du ministère de la Transition écologique et la mise en perspective par le ministère de l’Économie) ;
- 1,7 : applicable à compter du 1er janvier 2027.
Pourquoi la presse mélange les deux textes — et comment vérifier lequel s’applique à votre DPE
Deux arrêtés quasi homonymes, publiés au Journal officiel le même jour à un an d’intervalle : l’arrêté du 13 août 2025, paru au JO du 26 août 2025 (JORF n°0197 — 2,3 → 1,9, applicable au 1er janvier 2026), et l’arrêté du 19 août 2026, paru au JO du 26 août 2026 (JORF n°0198 — 1,9 → 1,7, applicable au 1er janvier 2027). Les titres d’articles reprennent souvent « arrêté du 26 août » — qui est une date de publication, pas la date du texte — sans préciser l’année, d’où les contresens.
La méthode de vérification est simple et ne dépend d’aucun commentaire : regardez la date de réalisation de votre DPE. Réalisé entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre 2025 → coefficient 2,3. Réalisé en 2026 → coefficient 1,9. Réalisé à partir du 1er janvier 2027 → coefficient 1,7. Un DPE antérieur au 1er juillet 2021 ne se pose plus la question : il n’est plus valable (les diagnostics de 2013-2017 ont expiré le 31 décembre 2022, ceux du 1er janvier 2018 au 30 juin 2021 le 31 décembre 2024). En cas de doute sur un document, le numéro ADEME figurant sur le rapport permet de retrouver la fiche dans l’observatoire.
Concrètement, combien votre logement tout-électrique peut-il gagner ?
Le calcul vérifiable : environ 10,5 % de consommation en énergie primaire en moins pour un logement 100 % électrique
Pas besoin d’estimation marketing, le calcul se fait à partir des seules valeurs de l’arrêté. Pour une consommation en énergie finale strictement identique, la consommation en énergie primaire affichée baisse de :
1 − (1,7 / 1,9) ≈ 10,5 %
Ce chiffre vaut pour un logement dont tous les usages sont électriques (chauffage, eau chaude, auxiliaires). Si votre logement est mixte — un poêle à bois d’appoint dans l’Yonne, un chauffe-eau gaz à Paris —, seul le poste électrique est concerné et le gain global est mécaniquement plus faible. C’est aussi pour cela qu’aucun professionnel sérieux ne peut vous annoncer un changement de classe par téléphone : tout dépend de la part d’électricité dans vos consommations et de votre position exacte dans la fourchette de votre étiquette actuelle. Un logement à quelques kWh/m²/an du seuil bascule ; un logement au milieu de sa classe ne bouge pas. Rappelons enfin que l’étiquette retenue est la plus défavorable des deux, énergie primaire et émissions de gaz à effet de serre — pour un logement tout-électrique, c’est en général le critère énergie qui commande.
Environ 300 000 logements sortiraient des classes F et G
Dans la note de présentation du projet d’arrêté, le ministère estime que le passage de 1,9 à 1,7 ferait sortir environ 300 000 résidences principales du statut de passoire énergétique, soit une baisse d’environ 10 % du nombre de logements classés F ou G (consultation publique du ministère). La presse professionnelle du diagnostic, dans son article du 26 août 2026, ventile cet ordre de grandeur en environ 200 000 logements quittant la classe F et 100 000 la classe G, dont près de 125 000 dans le parc locatif privé : cette ventilation-là est une estimation professionnelle, à prendre comme un ordre de grandeur et non comme une donnée officielle.
Pour comparaison, la réforme précédente (2,3 → 1,9 au 1er janvier 2026) avait, elle, fait sortir environ 850 000 logements chauffés à l’électricité du statut de passoire thermique, selon Actu-Environnement. L’effet de 2027 sera donc nettement plus modéré que celui de 2026.
Ce que cela ne change pas : le calendrier d’interdiction de location
Aucun texte publié à ce jour ne modifie le calendrier de décence énergétique. Il reste en l’état : G interdit à la location depuis le 1er janvier 2025 (et, depuis le 1er janvier 2023 déjà, les logements consommant plus de 450 kWh/m²/an d’énergie finale), F au 1er janvier 2028, E au 1er janvier 2034. Ces interdictions visent les nouveaux baux, les renouvellements et les reconductions tacites, pas les contrats en cours jusqu’à leur terme. Des évolutions législatives sur ce calendrier sont régulièrement annoncées ou débattues : tant qu’un texte n’est pas publié au Journal officiel, il ne change rien à votre situation.
L’arrêté du 19 août 2026, lui, change la méthode de calcul, donc potentiellement votre classe — pas les échéances. Si votre bien reste F après le passage à 1,7, l’échéance de 2028 vous concerne toujours, exactement comme avant.
Pas besoin de refaire un DPE : l’attestation gratuite de changement d’étiquette générée par l’ADEME
Ce qu’elle est — et ce qu’elle n’est pas
L’arrêté prévoit la possibilité de télécharger gratuitement une attestation de changement d’étiquette pour les DPE et audits en cours de validité. Elle est générée exclusivement sous forme dématérialisée par l’ADEME (observatoire DPE-Audit), sans nouvelle visite et sans remise en cause des données initiales du diagnostic. Selon la FAQ officielle du ministère mise à jour le 26 août 2026, ces nouvelles étiquettes seront téléchargeables à partir du 1er janvier 2027, à partir du numéro de votre DPE, pour les diagnostics réalisés depuis le 1er juillet 2021 — et aucun logement ne verra son étiquette dégradée par ce changement.
Ce qu’elle n’est pas : un nouveau DPE, une contre-visite, une occasion de corriger des données erronées, ni un document payant. Si un prestataire vous propose de « refaire votre DPE pour bénéficier du 1,7 », il vous vend une prestation que le texte rend inutile — sauf, bien sûr, si votre DPE arrive en fin de validité ou si vous avez fait des travaux entre-temps.
Le précédent de janvier 2026 : l’actualisation gratuite via l’observatoire DPE-Audit
Le mécanisme n’est pas une nouveauté. Lors du passage à 1,9, le ministère de la Transition écologique avait confirmé que les DPE de 2025 et antérieurs restaient valables et pouvaient être actualisés gratuitement via l’observatoire DPE-Audit de l’ADEME, sans nouvelle visite, et qu’aucun logement ne pouvait être dégradé par la réforme. Le dispositif de 2027 reprend cette logique à l’identique.
Faut-il attendre 2027 pour vendre ou louer en Essonne, dans l’Yonne et à Paris ?
Le parc concerné localement
Aucune donnée départementale ou communale n’existe sur le nombre de logements qui changeraient de classe. En revanche, la typologie du parc que nous diagnostiquons au quotidien parle d’elle-même :
- Essonne (91) — les grands ensembles et les pavillons des années 60-80 chauffés aux convecteurs, à Évry, Grigny, Savigny-sur-Orge ou Vigneux : chauffage électrique intégral, isolation d’origine, étiquettes souvent bloquées en E, F ou G.
- Paris (75) — les studios et petites surfaces tout-électriques, dont l’étiquette se joue fréquemment à quelques kWh/m²/an. À noter : les seuils d’étiquette ont déjà été ajustés en faveur des logements de moins de 40 m² depuis le 1er juillet 2024 (arrêté du 25 mars 2024) — le gain de 2027 s’ajoutera à cet ajustement, il ne le remplace pas.
- Yonne (89) — les maisons en chauffage électrique, ou en électrique d’appoint associé à un autre poste, autour d’Auxerre, Joigny et Avallon : configurations mixtes, où le gain dépend entièrement de la part d’électricité.
Les 4 cas où attendre a du sens — et les 3 cas où cela vous fait perdre de l’argent
Attendre peut être rationnel si :
- votre logement est 100 % électrique et se situe juste au-dessus d’un seuil de classe (F d’un cheveu, G d’un cheveu) ;
- vous êtes bailleur d’un G aujourd’hui interdit à la location, et le reclassement en F conditionne votre capacité à relouer ;
- vous n’avez aucune échéance contrainte avant 2027 (pas de mutation, pas de succession en cours, pas de prêt relais) ;
- vous préparez des travaux de toute façon : autant faire coïncider le nouveau diagnostic avec leur achèvement et le nouveau coefficient.
Attendre vous coûte de l’argent si :
- votre bien est chauffé au gaz, au fioul ou au bois : le coefficient électrique ne le concerne pas, vous attendez pour rien ;
- vous vendez et vous êtes en milieu de classe : quelques pourcents ne changeront pas l’étiquette, et six mois de vacance coûtent plus cher qu’une lettre gagnée ;
- vous avez déjà un DPE valide : l’attestation de changement d’étiquette sera gratuite, sans visite et téléchargeable dès le 1er janvier 2027 — vous n’avez donc rien à gagner à décaler la mise en vente ou en location.
Vendeur, bailleur, copropriété : la bonne décision selon votre situation
Vendeur : le DPE est obligatoire dès l’annonce. Faites-le maintenant, vendez maintenant, et récupérez l’attestation actualisée sur l’observatoire DPE-Audit si votre compromis se signe après le 1er janvier 2027. Bailleur : votre arbitrage porte sur l’échéance de 2028 pour les F, pas sur le coefficient. Copropriété : le DPE collectif d’un immeuble d’habitation relève de l’arrêté du 31 mars 2021, donc de la même modification, et les audits énergétiques réglementaires en cours de validité pourront eux aussi faire l’objet d’une attestation — l’ordre du jour de votre prochaine AG mérite d’intégrer cette échéance. Pour les cas particuliers touchant à la rédaction de l’acte ou aux clauses de garantie, vérifiez auprès de votre notaire.
Le bon réflexe n’est pas d’attendre : c’est de savoir où vous vous situez dans votre classe actuelle. C’est la seule information qui permette de dire si 10,5 % suffisent à faire basculer votre étiquette. Elle figure déjà sur votre DPE, et nous la lisons avec vous.
FAQ
Mon DPE réalisé en 2026 avec le coefficient 1,9 reste-t-il valable après le 1er janvier 2027 ?
Oui. L’arrêté du 19 août 2026 ne prévoit aucune invalidation des diagnostics antérieurs : il fixe une entrée en vigueur au 1er janvier 2027 pour la nouvelle valeur de conversion. Votre DPE court jusqu’au terme de sa validité, et l’arrêté ouvre en parallèle la possibilité de télécharger une attestation de changement d’étiquette pour les DPE et audits en cours de validité, sans nouvelle visite et sans remise en cause des données initiales (Légifrance). Le ministère précise qu’aucune étiquette ne peut être dégradée par ce changement (FAQ officielle).
Comment obtenir la nouvelle étiquette à 1,7 sans refaire de diagnostic ni payer une nouvelle visite ?
Par l’attestation de changement d’étiquette prévue par l’arrêté, générée gratuitement et exclusivement sous forme dématérialisée par l’ADEME via l’observatoire DPE-Audit. D’après la FAQ du ministère, ces attestations seront téléchargeables à partir du 1er janvier 2027, à partir du numéro de votre DPE, pour les diagnostics réalisés depuis le 1er juillet 2021. Le même mécanisme d’actualisation gratuite avait été mis en place lors du passage de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026 (ministère de la Transition écologique).
Si mon logement passe de F à E grâce au coefficient 1,7, puis-je le louer normalement ?
Le calendrier d’interdiction de location n’est modifié par aucun texte publié à ce jour : G depuis le 1er janvier 2025, F au 1er janvier 2028, E au 1er janvier 2034. Un logement reclassé en E n’est donc pas visé par l’échéance de 2028 applicable aux F. Attention toutefois : c’est bien l’étiquette résultant du calcul applicable qui fait foi, et le reclassement dépend de votre position exacte dans votre classe actuelle — il n’est pas automatique. Faites vérifier votre situation avant de vous engager sur un bail.
Votre logement est chauffé à l’électricité en Essonne, dans l’Yonne ou à Paris ? Plutôt que de parier sur un reclassement hypothétique, partez de vos chiffres réels : demandez votre devis DPE gratuit et faisons le point sur votre classe avant et après le 1er janvier 2027.
